Écologie : entre technosolutionisme et survivalisme, exite-t-il une troisième voie?

Posted on Jun 28, 2026
💡 Ceci est un post de la catégorie 'fange nombriliste', ou j'essaye d'explorer des thématiques politiques qui m'animent. Toute critique (constructive) est la bienvenue.

Avec la canicule de fin juin 2026 (la plus chaude jamais observée en BelgiqueEt à d’autres endroits… Pour le moment), tout le monde y est allé de son petit commentaire sur la situation actuelle. Voici le mien.

Préambule : le contexte

Ouais, non, là, j’avoue, c’est chaud.

Dr. Monique Lachatte, .

La droite, ou en tout cas son discours, a, pour le moment, gagné. Elle impose ses idées, ses débats, et décrédibilise ceux qui ne les partagent pas. Ce discours est borderline xénophobe (en tout cas en Belgique ; désolé les Français, qui ont carrément CNews, qui ne fait même plus semblant), économiquement libéral et austéritaire (“y’a plus de sous”), et un peu militariste. Et puisque la droite est au pouvoir, plus trop le temps de penser à l’écologie quand il faut remplir le frigo, chercher du travail et s’inquiéter du contexte mondial franchement anxiogène. Ah, et il y a l’IA. L’IA va sauver le monde, c’est bien connu.

Évidemment, la mécanique terrestre se préoccupe bien peu de nos petits problèmes d’humains. Et quand ça cuit, ça cuit.

La solution technosolutionniste

N’ayez crainte, bonnes gens, le problème devrait se régler de lui-même d’ici à ce qu’il soit un peu trop tard (puisque personne ne bougera le petit doigt sans incitation). On va capturer du CO₂, produire de l’hydrogène vert, bleu, jaune, violet (?), fuchsia (?!?), refroidir les océans, réfléchir le rayonnement solaire… Et surtout ne RIEN changer d’autre.

Au-delà de ces exemples un peu caricaturaux (aucune de ces solutions n’est globalement une bonne solution, sauf éventuellement à des échelles très locales), la limite entre le technosolutionnisme béat et concret n’est pas forcément facile à cerner. Par exemple, la climatisation est une solution purement technologique qui, si elle permet d’améliorer le quotidien, voire de sauver des vies, ne résout absolument rien. L’isolation est, dans beaucoup de cas, un pansement sur une jambe de bois, là où il faudrait probablement raser et reconstruire from scratch (et en profiter pour repenser l’habitat et l’occupation du territoire). Les solutions de production d’électricité “propres” ne le sont pas vraiment et ont chacune leurs défauts (que ce soit en termes de production, d’utilisation ou de déchets). Puis, si c’est pour alimenter des voitures individuelles, ça ne règle pas vraiment les problèmes de mobilité. Je fais d’ailleurs partie du problème, puisque j’étudie les batteries, en utilisant des supercalculateurs, dont la consommation fait partie des problèmes liés aux data centers. En plus, j’utilise l’IA pour faire corriger mes textes parce que je suis incapable d’écrire correctement. Et tout ça, c’est sans compter que, sans incitant financier, personne ne voudra sérieusement se lancer dans tout ça, et que la dette publique est dans le rouge ou chaipaquoi.

De l’autre côté du spectre : survivalisme

Si on va d’un extrême à l’autre (c’est à la mode, actuellement), on trouve peu ou prou de la collapsologie. C’est pas un terme très bien défini, mais dans l’idée, si on ne fait rien, la civilisation actuelle va s’effondrer (généralement à cause d’une catastrophe) pour laisser place à… autre chose (qui sait, une société communiste égalitaire ?). C’est une version un peu extrême du “raser pour reconstruire” de plus haut. Sur un malentendu (même si c’est pas forcément le plan), le climat est sauvé.

Sauf que bon… Il faut voir la tête de la catastrophe, mais on peut facilement supposer que c’est pas les plus pauvres qui vont le mieux survivre. Ne parlons même pas des personnes malades ou handicapées. Donc déjà, la société d’après peut facilement se transformer en un bon libertarianisme (plutôt version anarcho-capitalisme), façon rêve mouillé d’Élon Musk (s’il n’est pas déjà parti se planquer avec ses copains les riches sur la Lune). Ensuite, si on peut facilement pointer les défauts de la technologie, il ne faut pas non plus oublier les avancées qu’elle a permises. Au rang desquelles la contraception, l’avortement, l’anesthésie ou encore la pénicilline. Vas-y pour remettre un système de soins efficace (et non sexiste, antivalidiste, etc.) sans être capable de produire ces substances de manière efficace : quand bien même l’extraction de la pénicilline peut à peu près se faire en contexte survivaliste, le fait qu’on n’ait pas eu de solution abortive efficace avant sa synthèse devrait mettre la puce à l’oreille : c’est probablement pas la situation idéale pour les droits des femmes. Ne parlons même pas du droit des plus faibles en situation de ressources limitées, on a une pelletée de littérature (sérieuse ou de fiction) sur le sujet.

Enfin, de toute façon, la phrase qui caractérise le mieux le survivalisme, ça reste “chacun pour soi”, donc c’est clairement pas bien parti.

Même si… un bon électrochoc, c’est parfois nécessaire pour faire bouger les lignes. J’avoue que c’est parfois ce que j’ai envie de penser face aux politiques actuelles (le fameux “ça bougera le jour où il y aura un mort”). Mais à quel prix ?

Et donc au milieu, la… décroissance ?

En résumé : “il faut se calmer, un petit peu”. C’est probablement les seuls à dire de manière sérieuse que la croissance illimitée est impossible (je jurerais que nos hommes politiques n’y croient pas !). Bref, quelque chose de plutôt désirable, qui se heurte à un problème concret : comment est-ce qu’on décide quoi arrêter (ou ralentir) et quoi continuer ? De manière générale, la simplicité volontaire, ça ne va pas vraiment de soi. Certains préfèrent d’ailleurs parler de sobriété plutôt que de décroissance.

Et quand bien même, comment est-ce qu’on l’impose ? Je vais reprendre mon exemple du logement : on sait très bien que les formes de logement actuelles ne sont pas adaptées. Néanmoins, qui va accepter de quitter sa 4 façades + jardin pour un appartement, certes probablement très bien, mais où tous les problèmes deviennent collectifs ? Comment imposer ce genre de choses dans une société où le droit à la propriété est si ancré ? Et comment éviter l’effet “banlieues” qu’on a observé lors des précédentes expériences de logement collectif ? Du reste, on reste dans mon interrogation constante, qui est d’imaginer un modèle de prise de décision permettant la mise en place de telles réformes. On notera d’ailleurs que le scénario “dictateur + police forte” est ici très efficace (j’imagine que c’est à ça que les détracteurs pensent quand ils disent “technofascisme”).

Quant à dégraisser des pans de l’économie, fort bien : qu’est-ce qu’on fait des travailleurs, souvent peu qualifiés, laissés sur le carreau ? (Parce qu’évidemment, “c’est todi les p’tit qu’on spotche”, comme on dit par ici.) J’ai l’impression qu’il y a un angle mort ici, qu’on retrouve aussi dans les problèmes liés à l’IA : un travailleur plus ou moins qualifié ne peut pas, du jour au lendemain, s’adapter à un nouveau job. Pire : il n’en a peut-être pas l’envie. Pour prendre mon cas, puisqu’on n’est pas dans la section “fange nombriliste” pour rien (même si je concède facilement que je suis hyperqualifié), je ne souhaiterais pas, du jour au lendemain, me retrouver à gérer des budgets, par exemple (vu que ça pourrait être le genre de chose qui sert de backup job dans mon cas). Pas par mépris pour les gens qui le font, juste parce que je n’ai pas été formé pour ça, et que je sais d’ores et déjà que ça ne me plairait pas. Quand bien même je sais que le boulot-passion est un luxe rare, l’épanouissement au travail, c’est important. Ou alors, on part sur le revenu de base et un droit à la paresse, mais là, je crois qu’on n’est pas prêts.

Finalement, il y a l’effet rebond, qui implique que toute amélioration s’accompagne, bêtement et simplement, d’une augmentation de la consommation, là où on pourrait attendre une diminution. C’est un effet qu’on voit beaucoup dans le calcul intensif, où la miniaturisation et l’amélioration croissante des composants ne se sont pas accompagnées d’une réduction de la demande… Que du contraire. Et même si ça ne s’applique pas à toutes les situations, c’est quelque chose qu’il faut garder en tête, pour ne pas retomber tête la première dans le technosolutionnisme !

Conclusion

… Je sais pas. Aucune de ces solutions n’est manifestement satisfaisante, ou en tout cas ne peut être mise en œuvre sans un changement drastique de la société. Et au plus chaud de la canicule, il m’est arrivé de douter que nous en soyons capables (même le technosolutionnisme béat nécessite des moyens importants, qu’on n’est manifestement pas prêts à mettre, attendant probablement un miracle proposé par l’IA ou chaipaquoi).

C’est chaud.